
Le Petit Nicolas (2009)
Un film de Laurent Tirard
avec
Maxime Godart
Kad Merad
Valérie Lemercier
Sandrine Kiberlaim
Il y a de cela plus d'une quinzaine d'années, un beau jour, papa et maman me prirent par la main et m'emmenèrent dans le plus beau pays qu'il m'ait été donné de voir. Ses habitants y vivaient des histoires extraordinaires. Ils étaient tantôt chevaliers, tantôt policiers, tantôt aventuriers, tantôt pirates. L'un d'entre eux, un petit gaulois à la moustache jaune, partagait même ses aventures avec un gros balèze tombé dans la marmite de potion magique quand il était petit. Je me délectais de ce monde merveilleux où rien ne semblait être comme dans le mien, où tout semblait facile. C'est par un agréable hasard que je fis la connaissance de Nicolas. Il était là, dans un coin, caché derrière Lucky Luke et Oumpa-Pah. Je ne l'ai pas tout de suite remarqué mais sa petite mine espiègle et ses traits fins m'ont vite interpellés. Je découvris alors un enfant comme moi, qui vivait des histoires d'écoles et de parents comme moi, qui rêvait tout comme...Il me présenta ses amis qui devinrent alors les miens : Alceste le gros qui mange tout le temps, Clothere le cancre, Agnan le premier de la classe...Ils avaient beau être des enfants des années 60 et moi un pur produit de la fin des années 80, nous vivions les mêmes choses et je les comprennaient autant qu'ils me divertissaient. Puis, j'ai grandi. Les années ont défilés. Les dizaines ont pointé le bout de leur nez et certains de mes amis d'enfance ont disparus. Pifou et Mickey sont partis après des adieux déchirants pour laisser place à Scully et Mulder. Mais Nicolas et tout ceux qui sont sortis de l'imagination de Goscinny font parti de ces amis d'enfance qu'on n'abandonne jamais. Ils sont dans un coin de notre coeur et y restent. C'est vous dire l'état dans lequel j'étais quand je me suis précipité en début d'après-midi dans les salles pour retrouver un vieil ami.
Comme dans toutes les retrouvailles, la peur de ne pas reconnaître la personne qu'on a quitté est palpable et omniprésente. Et si il avait perdu ce qui faisait qu'on l'aimait tant. Les premières images apparaissent sur l'écran, mon souffle est court. Comme pour faire durer le plaisir, Nicolas me rappelle avec malice qui est qui et le générique démarre. Une beauté de montage des dessins de Sempé, une musique datée dirons certains mais qui nous met tellement dans l'ambiance poétique et nostalgique du film. Et ça démarre. Nicolas, sur un quiproquo, pense que ses parents attendent un bébé et qu'ils vont l'emmener dans la forêt pour l'abandonner comme le Petit Poucet. Tout les moyens sont bons pour les convaincre de le garder, même les plus fous. L'univers de mon enfance est là, devant mes yeux : papa est là (non couscous !) toujours fidèle à lui-même, maman est toujours la meilleure maman du monde, la maîtresse est bienveillante et le surgé qui fait les gros yeux s'appelle toujours "le bouillon" ("parce que dans le bouillon y a des yeux"). Les enfants envahissent l'écran, prennent le pas sur Kad et Valérie Lemercier. Le ton est naïf, enfantin, drôle. Ce qui faisait que les histoires étaient drôles quand j'étais petit, ce côté "le monde d'adulte vu par les enfants" transparaît à merveille. Certains penseront que le film véhicule une image idéalisée à la Amélie Poulain, quelque chose qui serait trop lisse et trop bien pensant. Je leur répondrais que "oui" et c'est ça Le Petit Nicolas : L'enfance sans la vision déprimante des adultes. Et puis mince, il n'y a pas de mal à retomber en enfance de temps en temps surtout quand le produit est bon. La collaboration d'Alain Chabat, enfant spirituel de Goscinny, au scénario donne une saveur supplémentaire à cette madeleine de Proust.
C'est le coeur gonflé de bonheur mêlée à une infinie tristesse que je quitte mon siège pour regagner la vie d'adulte que je dois assumer. Mes pensées errent et vagabondent encore quelques heures après la scéance, pensant à ce magicien qu'était René Goscinny et au vide qu'il a laissé derrière lui. Je pense à cet enfant que j'étais qui a rêvé des heures durant grâce à ces héros magnifiques. Et finalement je me dis que j'ai bien fait de verser ma petite larme quand Nicolas dit qu'il peut enfin répondre à la question de la maîtresse "Que voulez-vous faire plus tard ?" et que sa réponse est "faire rire les gens". Tu vois Nicolas, encore maintenant nous sommes pareils...
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire