mardi 20 octobre 2009

UNE HISTOIRE DU CINEMA




J'ai Grandi dans des salles obscures de Gauthier Jurgensen, JC Lattès







Une fois n'est pas coutume, ce n'est pas d'une fiction dont je vais parler mais bel et bien d'un essai. Quand je dis "essai" c'est évidemment le nom du genre et non une façon de dire que l'auteur de ce livre a tenté d'écrire quelque chose.

Avant de parler de ce qu'on trouve dans cet ouvrage, parlons deux minutes du bonhomme : Gauthier Jurgensen. Né en 1984, son étendue artistique est énorme. Il compte en effet plusieurs cordes à son arc : auteur-compositeur-interprète du groupe Karamazov, dramaturge, etc. Son univers, de ses chansons jusqu'à la pièce qu'il a adapté du film Transpotting, est emprunt d'une culture cinématographique vaste. On pourrait même dire que tout ce qu'il fait part du cinéma et parle du cinéma.

Il est donc normal que son premier livre soit une "histoire du cinéma". J'ai volontairement mis entre parenthèse ce terme puisque nous allons le voir, il utilise un biais plutôt original pour nous parler de cet amour qu'il éprouve cet art.

D'emblée, Gauthier Jurgensen nous prévient : il va parler de lui, beaucoup de lui. Il va tenter de profiler son portrait à travers quarante films. Quarante films qui l'ont marqués pour des raisons personnelles, émotionnelles, professionnelles. C'est ici que l'auteur est habile. En nous parlant de son rapport à ces films, il nous parle du rapport de tout à chacun au cinéma. Qui n'a pas vécu comme lui la situation privilégiée et émotionnellement importante de regarder un Sergio Leone avec son père ? De vivre cette petite bulle privée que peut créér des moments comme ca. Qui n'a pas rêver comme un gosse devant Indiana Jones et Star Wars ? Qui n'a pas vécu de choc en regardant Transpotting ? C'est en partant de son expérience personnelle qu'il parle de l'expérience universelle et de ce qui nous relie inextricablement au cinéma. Tout le monde pourrait faire un tel livre me direz-vous. Certes. Cependant Gauthier reste un artiste et parviens donc à capter là où on s'y attends le moins ce qui fait qu'un film est un chef d'oeuvre et que ces quarantes films dont il parlent resteront dans les mémoires pendant des années. Rien d'étonnant à ce que ce qu'il ait été plusieurs fois primés et qu'il a recu dernièrement le prix Allen d'histoire du cinéma.

Un livre donc à se procurer dans les plus brefs délais pour ceux qui aiment le cinéma et qui veulent comprendre pourquoi, et peut etre avoir un éclairage sur des moments de notre vie de spectateur.

lundi 19 octobre 2009

THANK YOU FOR THE MUSIC !



La Melodie du bonheur, réalisé par Robert Wise
1965


Cet article est le début d'une longue série sur les grandes comédies musicales américaines et ceci pour plusieurs raisons. La première est qu'au deuxième semestre je vais suivre un cours sur ce genre un peu mal vu des critiques. La seconde est que j'aime tout simplement cela. Et oui j'aime quand ca chante et ca danse à n'importe quel moment et pour n'importe quoi. Le berceau de la comédie musicale, l'endroit où elle a pris un essort formidable et a atteint des sommets de génie sont les Etats-Unis. Durant les années 1950 et 1960, un nombre incalculable de comédies musicales (à ne pas confondre avec les films musicaux) ont été produites. Trois grands noms de réalisateurs sortent du lot : Stanley Donen, Vincente Minelli et Robert Wise. C'est ce dernier qui est aux manettes d'une oeuvre gigantesque, tant dans sa durée que dans son contenu : The Sound of Music, La Mélodie du bonheur. Nous parlerons de Donen et Minelli à l'occasion d'autres articles un petit peu plus tard.
Avant les Jackson five, il y a eu les Von Trapp ! Qui ne connais pas l'histoire de cette riche famille dont la mère est décédée et qui retrouve gout à la vie grâce à une gouvernante un brin populaire et pleine de joie de vivre ? (Qui a dit Une nounou d'enfer ?!!) Qui ne connait pas cette histoire d'amour qui va naître entre la gouvernante et le maitre de maison, le capitaine Von Trapp ? (Je vous jure que si j'attrape celui qui vient de dire "Miss Fine et Monsieur Sheffield", je le pend en place publique). A l'instar de Mary Poppins, aussi joué par la pétillante et tellement belle Julie Andrews, ce film a traversé les époques et enchante encore les yeux et les oreilles de nombreux spectateur.
Mais à quoi cela tiens ? Qu'est ce qui rends ce film inoubliable ? La réponse la plus évidente semble être la musique. Les airs sont tantôt enjouée, tantot tendres mais jamais pleurnichard. Même quand le capitaine Von Trapp entonne Edelweiss, hymne à l'Autriche, devant une salle pleine de nazis comme un dernier chant de révolte, la musique est toute en finesse et ne tombe pas dans le mélodrame. Et justement parlons en de cela car la construction du film est particulière et la musique en dépend. Wise découpe son film en trois parties contrairement à ce que qu'on peut voir au premier abord : la première partie est l'arrivée de Maria chez les Von Trapp. C'est le moment des conflits d'idée entre elle et le capitaine, puis le retour de la joie dans la maison qui finira par le retour de Maria au couvent à cause d'une baronne jalouse de l'amour naissant entre la gouvernante et son maître. A ce point du film, tout les grands airs du films ont été chanté une fois chacun : de "Do-re-mi" à la chanson titre "The Sound of Music" en passant par "So Long Farewell". Pour respecter les codes du Musical scénique et aussi parce qu'à l'époque le projectionniste doit changer de bobines à ce moment, Wise intègre un "Entr'acte" où se succèdent les plans de montagnes. Pendant ce temps la vie pour les personnages changent et nous la reprenons plus tard tel que nous l'aurions fait sur scène. Ainsi débute la seconde partie : Maria reviens du couvent et assume ses sentiments, s'en suivra le mariage des deux protagonistes. Puis la troisième partie commence avec la menace nazi qui plane sur la famille Von Trapp et menace de les séparer. Dans les deuxième et troisième parties, les airs ne sont quasiment que des reprises des précédents, avec quelques variations. Cela signifie que cette musique qui permet de retrouver la joie, cette "mélodie du bonheur" reste intégrée au personnages après le changement qu'elle a effectuée chez eux, et reviens toujours plus forte dans les moments de rechute comme à la fin du film pour aider à tenir bon et ne pas se désespérer.
Du point de vue de la réalisation, Wise se pose à la fois en adéquation et en opposition à Minelli à Donen qui misent sur des chorégraphies qui bougent dans tout les sens. Ils préfère que le mouvement soit limité à son strict minimum et préfère capter les regards qui expriment mieux les sentiments des personnages que n'importe quel danse. Quand il faut du mouvement, tout reste très calme et c'est davantages des successions de lieux différents dans lesquels les personnages évoluent plutot que courir et sauter. Il y a quand même quelques chorégraphies mais ce n'est manifestement pas ce que préfère Wise.
Reste que ce film est un classique du genre qu'il faut ABSOLUMENT avoir vu au moins une fois, si ce n'est trente. Il est de ces films qui font du bien et on en a franchement besoin en cette période. Il ne me reste plus qu'à conclure en vous disant "So long, farewell, auf Wiedersehen, goodbye"

vendredi 16 octobre 2009

COPINAGE



Cette semaine, le hasard m'a emmené au cinéma voir cette petite merveille qu'est 500 jours ensemble (500 days of Summer). Le film m'a tellement emballé qu'il m'était venu à l'idée d'en faire la chronique sur ce blog comme je peux le faire depuis quelques semaines. Or mon cher ami Gauthier a déjà fait sur son blog une critique excellente en tout point (normal pour un étudiant en ciné) et avec laquelle, pour une fois, je suis totalement d'accord. Et comme on ne refait pas quelque chose qui a été bien fait la première, je me permet de vous renvoyer vers son blog http://newkingdom.skyblog.com . Et non ce n'est pas de la fainéantise de ma part :)

dimanche 11 octobre 2009

DUEL UN PEU MOU !








Mary Stuart de Friedrich Schiller, mise en scène de Stuart Seide, jusqu'au 18 Octobre 2009 au TGP de Saint Denis









Si il est un répertoire bien moins représenté en France que le reste, c'est bien celui des grand classiques allemand. Schiller fait partie de ces auteurs un peu mis de côté par les metteurs en scène contemporain, sûrement car ils savent que le choix qui se présente à eux n'est pas énorme. Si on monte du Schiller, il faut monter Marie Stuart et rien d'autre. C'est son grand chef d'oeuvre, et après tout si c'est la pièce que le public veut voir pourquoi doit-t-on s'en priver ? Mais qu'y-a-t-il de si intéressant chez Schiller pour qu'on veuille encore se pencher sur son théâtre ?



Pour bien décrire ce qu'on s'apprête à voir dans une pièce telle que Marie Stuart, il convient de rappeller que l'auteur à traduit Shakespeare et Racine. Et ce n'est pas sans conséquence. On retrouve dans ce duel inégal entre deux reines toute la densité des grandes pièces anglaises mais aussi les longs discours sur leurs états d'âmes des personnages raciniens. Arrêtons-nous tout de même deux minutes pour rappeller les faits : Marie Stuart, reine d'Ecosse déchue, pense trouver refuge en Angleterre chez sa soeur Elizabeth Ier. Au lieu de cela elle se trouve enfermée pendant 20 ans puis décapitée au nom d'une guerre de religion.



Alors certes la pièce est bonne, mais le théâtre ce n'est pas qu'un texte. Stuart Seide nous présente une version dépouillée du drame qui se trame sous nos yeux. Le décor est constitué de quatres panneaux qui peuvent s'ouvrir et se fermer pour tantôt provoquer une sensation d'enfermement, tantôt une liberté illusoires puisque l'horizon offert au spectateur se termine par une toile sur laquelle est projettée un ciel orageux. Quelques chaises sont disposées sur scène, bougeant selon les situations tel des pions d'échec. Stuart les renversera d'ailleurs quand elle a le sentiment d'avoir perdu comme on balaye du bras un plateau de jeu.Pour Seide, ce qui compte c'est le texte et non pas les décors fastueux et les beaux costumes. D'ailleurs Seide ne s'est pas non plus posé le problème des costumes puisque les personnages sont vêtus comme vous et moi, sûrement dans une tentative de rapprocher ces personnages historiques des spectateurs. Il arrive que les personnages porte des capes quand ils sont dans leur rôles politiques, pour les ôter dès que leur côté humain prends le dessus.


Tout repose donc sur les comédiens et sur la densité qu'ils vont donner à leur personnage. Le moins qu'on puisse dire c'est qu'on à affaire à une Elizabeth neurasthénique, une sorte de Jeanne Balibar couronnée. Elle fait glisser son texte de sa bouche, comme on déverserai un liquide. Tout est monocorde. Le seul moment de vérité apparaît quand la reine humilie en public la pauvre Stuart, prenant plaisir à la voir se traîner dans la terre. Stuart, quant à elle, reste très digne à tout instant et semble subir son sort avec sérénité. Mais à vouloir montrer deux caractères tellements différents, on prend le risque que les comédiens semblent jouer leur partition en solo là ou on devrait assister à un concerto. Et c'est malheureusement le cas. Et même si certains coups d'éclats sont à noter, l'ensemble reste trop sage. Trop doux. Le duel auquel on devait assister reste un échange banal de paroles qui semblent sans conséquences.


Je concois que ma critique reste rapide et ne fais qu'esquisser des points qui mériteraient d'être développer mais il faudrait pour cela plus d'espace que je n'en ai et l'analyse pure et dure serait bien trop fastidieuse pour être intéressante. Ce qu'il faut retenir c'est que l'occasion est trop belle pour se permettre de ne pas voir une pièce malheureusement peu jouée mais que cette version ne restera pas dans les annales tant elle est aseptisée et bien trop calibrée.

lundi 5 octobre 2009

LE VENT SOUFFLE ENCORE SUR BARCELONE



Quand vient la rentrée littéraire, le même genre d'inepties nous parviennent aux oreilles chaques années. La presse se fait un devoir de porter aux nues les habitués des parutions en Septembre (Amélie Nothomb, Yann Moix, Samuel Benchetrit), ou de mettre sous le feu des projecteurs leurs pontentiels remplacants vite oubliés une fois le mois d'Octobre commencé. De toutes manières, ces phénomènes de librairie nous parlent tous quasiment de la même chose : l'état du monde et combien il est triste. Alors le travail de quelqu'un comme moi qui prétend vous orienter vers de nouvelles expériences culturelles, ou le cas échéant vous en détourner comme pour le vomitif opéra rock que je ne citerai pas, est de parler de ce dont on parle moins. Cela reste compliqué pour le cas qui nous intéresse car ceux qui fréquente les librairies ou les mégastores n'ont pas pu s'empécher de voir cette couverture, tant elle est mise en avant. Et pour cause, le dernier livre en date de Carlos Ruiz Zafon fut en son temps un succès de librairie. L'Ombre du vent s'est écoulé à plus de 10 millions d'exemplaires dans 50 pays. Le nouvel opus de cette récente figure de proue de la littérature espagnole contemporaine était donc attendu avec impatience et angoisse. Ce qui avait plu dans le précédent livre était ce mélange atypique (comme les cactus !) de mystère, d'aventure, d'amour, de roman d'apprentissage : tout ceci enrobé d'une ode merveilleuse à Barcelone.
Vous connaissez mon goût pour les retrouvailles, aussi voici une nouvelle comparaison de mon cru : ce livre fait l'effet qu'on ressent quand on couche avec un ancien amant, c'est aussi bon qu'avant mais ca manque un peu de nouveauté. Nous sommes dans les années 1920, à Barcelone toujours, et notre héros se nomme David Martin. Jeune stagiaire chargé des faits divers au journal La Voz de la Industria, David caresse le rêve d'être auteur. L'occasion va lui être donné par son ami Vidal, grand journaliste, et Martin fait un petit succès sans pour autant rafler la mise. Un beau jour, un homme étrange venant de Paris lui fait une proposition : écrire pour lui un livre unique en son genre en échange de 100 000 francs. Dès lors que Martin accepte la propostion, un engrenage infernal va se mettre en marche et détruire tout ce qui l'entoure.
D'emblée Zafon nous plonge dans un thriller littéraire mâtinée de fantastique et la recette fonctionne. Quand on démarre le livre on ne le lâche pas, et après tout n'est pas ce qu'on demande à un thriller. Remarquez il m'est arrivé de ne pas parvenir à lâcher un livre très mauvais mais uniquement parce que ma colle liquide s'était déversé sur la couverture. Pour redevenir sérieux, le style de Zafon est suffisament descriptif pour qu'une image nette se fasse dans notre esprit, mais également d'une fluidité extraordinaire qui lui permet de nous faire vivre aux côtés du personnage. Voire même à la place du personnage, puisque c'est un récit à la première personne pour lequel il a opté. Encore une fois, les grands thèmes qu'il avait déjà abordé sont présents : le rapport direct entre la littérature et la vie, le côté sombre de l'âme humaine qui est en chacun et les amours qui semblent fait pour être idéaux sont voués à l'échec. Alors que peut on reprocher à Zafon sur son ouvrage qui a tant de qualité ? Il n'y a pas assez de prise de risque. Le roman est construit exactement comme le précédent. La mécanique des rebondissements est prévisible pour celui qui a lu L'ombre du Vent. Alors il y a, certes, une différence dans le personnage : là où on avait un roman d'apprentissage dans le premier, on assiste ici à un roman de la destruction. Le personnage ne va pas se construire mais au contraire perdre tout ses repères et ce qui fait qu'il est lui. Cependant mis à part cette légère différence, la ligne narrative est la même. Pire encore, Zafon se permet de nous laisser en suspens. Les grands points sont légèrement éclaircis mais pas exposés. C'aurait pu être un bon point pour un roman lambda, mais pour un thriller c'est problématique.
Rappellons tout de même que ce ne sont pas quelques points noirs qui ferait ressembler Zac Efron à Maïté, et que donc le plaisir est omniprésent à la lecture. Il existe même un phénomène étonnant qui est commun à bien peu de livre, le lecteur regrette de l'avoir fini et n'attends qu'une chose, se replonger dans ces aventures merveilleuses